Vibe Coding : quand l’IA écrit vos apps

Un croquis au crayon sur une serviette froissée se transformant en wireframes ambrés lumineux

Trente ans de métier, je savais coder. Je ne voyais pas pourquoi j’aurais besoin qu’une machine le fasse à ma place. Puis j’ai essayé de décrire ce que je voulais au lieu de le coder. Ce qui m’a surpris, ce n’est pas le résultat : c’est le genre de logiciel que je prenais la peine de construire.

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est le vertige. Si un prompt et vingt minutes pouvaient produire ce qui me prenait une semaine, qu’est-ce que j’avais vendu pendant tout ce temps ? La question n’était pas de savoir si les outils marchaient, mais ce qu’ils faisaient de moi.

Un abonnement groupé m’a donné accès à Lovable, Replit, Bolt, v0. J’écris du code depuis les années quatre-vingt-dix. J’étais sceptique, à vrai dire. Mon premier essai a produit un tableau périodique fonctionnel, techniquement correct, et totalement sans âme. Je cramais des crédits sur des prompts vagues et récoltais des apps vagues en retour. Trente ans d’instincts d’ingénieur ne servaient à rien : c’était une compétence différente, et je partais de zéro.

La différence tient en un exemple. Mon premier prompt : « Construis-moi un tableau périodique interactif. » Le résultat était générique. Des mois plus tard, j’avais appris à écrire quelque chose comme : « Un tableau périodique interactif. 118 éléments, couleurs par catégorie. Interface glassmorphique avec cartes en verre dépoli et flou d’arrière-plan. Clic pour une modale détaillée avec configuration électronique. Infobulle au survol qui se repositionne près des bords de l’écran. Curseurs à double poignée pour filtrer par masse atomique, électronégativité, densité. Barre latérale responsive qui se replie en tiroir sur mobile. » Chaque phrase de ce second prompt ferme un angle mort de plus où l’outil pourrait improviser n’importe comment.

Le vibe coding n’est pas de la programmation au sens habituel. Ce n’est pas non plus de l’anglais courant. C’est quelque chose entre les deux, un cahier des charges condensé en conversation. Savoir quoi demander, c’est plus facile quand on l’a déjà construit à la main. Savoir comment le demander ? Ça m’a pris des mois.

Cinq expériences

Là où je lisais un livre par semaine, je construis maintenant une app par semaine. Des dizaines sur l’année écoulée, la plupart des variations sur les mêmes thèmes, des explorations plus que des produits. J’en ai retenu cinq pour cette série parce que chacune porte une leçon différente. Une app d’entraînement, un outil de référence, deux utilitaires personnels, un planificateur de voyage. Ni les outils, ni les échelles, ni les frictions ne se ressemblent. Seule la question reste : que devient le développeur quand c’est l’outil qui construit ?

Pourquoi cette série existe

Pour moi, l’économie du logiciel personnel a changé. Les outils personnels existaient déjà, bien sûr, mais le coût de construction et de maintenance suffisait généralement à tuer tout ce qui dépassait le tableur.

Cette contrainte a changé de nature. Je connais des gens qui construisent des outils de week-end pour un usage personnel, pour de petits groupes, pour des moments qui ne reviendront pas. Ni des startups, ni des produits : quelque chose pour quoi l’ancienne économie n’avait pas de place. La même compression qui a causé le vertige a créé l’espace.